CAMELEON

Publié le par abib dodo

 

« Tout accord ne vaut qu’au moment de la signature » cette assertion est du chef du navire ivoire. Certes comme tu le dis si souvent, les Ivoiriens sont, selon toi ignorants et peu cultivés. Donc ils ne peuvent répondre  à la question de savoir : pourquoi la crise perdure ?  Ils ne peuvent répondre aussi à la question de savoir pourquoi la crise sert de prétexte pour justifier leurs misères pendant qu’ils voient l’émergence de nouveaux milliardaires dans ton entourage ? Comme ce sont des ignorants, nous allons remonter le temps pour atterrir en 1990 pour qu’ils comprennent mieux ta démarche. En 1990, après l’obtention du multipartisme, le programme maximum de toute la petite bourgeoisie intellectuelle dont ton parti était le chef, tu formes un bloc réformiste. Ce bloc prend la dénomination de coordination de la gauche démocratique regroupant la plupart des partis de la petite bourgeoisie intellectuelle, à Korhogo. Ce bloc décide le boycott des élections de 1990. Mais hélas, l’accord ne valant qu’au moment de la signature, tu as trahi cet accord et tu t’es présenté contre le vieux Houphouët. Ce qui t’intéressait par cet acte, c’était ton palmarès personnel, ton positionnement comme chef de file et plus le farouche opposant au vieux. Ensuite, tu suscites une alliance avec le RDR et qui deviendra le front républicain.

Après avoir récolté les fruits politiques de cette alliance, tu entres en négociation avec le PDCI de Bédié alors que ton allié, le RDR, était réprimé sauvagement. Les dirigeants de ce parti étaient emprisonnés. Bédié leur exigeait un engagement écrit de renonciation à la politique avant toute libération. Tu signes ce qu’on va appeler "le protocole d’accords de 1998". Coup d’Etat militaire de 1999. Ton  nouvel allié, sans rompre officiellement le front républicain, est balayé. Tu sautes dessus. Tu réponds pour dire que ce coup d’Etat était une avancée pour la démocratie. Tu te bats pour les postes au gouvernement. Tu n’hésites pas à ruer dans les brancards contre le RDR. Tu demandes : " si c’est un coup d’Etat RDR qu’on me le dise". Tu finis par avoir raison de tes alliés d’hier. Ils sont vidés du gouvernement en mars 2000 avec tous les autres partis sauf le tien. Tu noyautes le Général Guéi qui est encerclé de toute part par le  FPI et ses affidés. Tous les adversaires sérieux sont exclus du jeu électoral après l’adoption d’une constitution sur mesure dans laquelle le front patriotique réussi à faire passer toutes ses positions.

Une fois au pouvoir, en 2001 sous la pression de tes amis socialistes au pouvoir en France, tu organises le  forum de réconciliation nationale. A la réception des actes du forum, tu jettes à la figure des ivoiriens que le forum n’était pas un parlement bis. Les résolutions, tu les as perdues dans ton tiroir. C’est dans ces conditions que la guerre éclate alors que tu avais promis aux ivoiriens sous serment que tu les protégerais. De toutes les façons le serment aussi ne vaut qu’au moment de la prestation.

En 2003, tu te retrouves à Marcoussis. Tu signes librement un accord. Tu nommes même un premier ministre au nom de cet accord à l’ambassade de Côte d’Ivoire en France. Le PDCI et son président qui croyaient se fonder sur des principes, te soutiennent fermement. Ce soutien tu vas le lui faire payer. Tu vas débaucher des militants de ce parti. Ces personnes vont même tenter d’éjecter, le président Bédié. Avant ton arrivée à Abidjan, comme tout accord ne vaut qu’au moment de la signature, tu organises le blocus de ces accords. Tu les appliques de manière sélective. Ainsi, tu as pu gagner du temps. Tu venais d’arriver au pouvoir, toi et ton clan, n’étaient pas encore sortis de la population des obligés des margouillats, ces prêteurs usuriers. Il vous fallait du temps pour bien fournir vos comptes en banques. Tu rechignais à partager les postes administratifs "juteux" avec les autres signataires. Pourtant, quand tu étais dans l’opposition, tu ne cessais de crier : « asseyons nous et discutons ». Ton appel ne signifiait rien d’autre que ceci : « voyons, comment nous allons tous profiter du pillage de nos ressources et des fruits de l’exploitation néocoloniale.  Car sur l’essentiel, nous sommes d’accord. Ce qui nous divise c’est l’alternance au pouvoir ou le partage des portefeuilles ministériels si nous sommes d’accord d’aller à un gouvernement de coalition. Ce qui n’était pas loin d’arriver si le coup d’Etat n’était pas intervenu. Quand même, on n’aimerait pas se retrouver à la périphérie.». Les députés de ton bord ont organisé le blocus du parlement. Lorsque les lois étaient adoptées, elles étaient dénaturées, vidées de leurs contenus.

Si une nomination ou une décision n’arrangeait pas toi et ton clan, tu faisais intervenir les « patriotes » pour tout bloquer. Tu organisais le sabotage des décisions de tes premiers ministres. Tu constituais un gouvernement parallèle à coté de celui officiel, sous la couverture du mot conseillé à la présidence pour impulser toutes tes actions de sabotages au sommet de l’Etat. Tu as réussi à faire partir deux premiers ministres.

Tu as maintenant ton propre accord, ton actuel colistier en tant que premier ministre a bien compris ta démarche. C’est un très bon élève. Toi tu refuses de désarmer tes milices. Lui, à son tour il refuse de mettre ses militaires à la disposition du CCI ou de les désarmer. L’unicité des caisses de l’Etat se fait attendre. En même temps que ton premier ministre procède au lancement du processus et tient des discours à Abidjan, il procède à des nominations et des affectations dans les régies financières dans sa zone. Les transporteurs et opérateurs économiques continuent de payer des droits d’entrée, de circuler et de sortie dans les zones sous son contrôle. L’économie de guerre au nord comme au sud perdure. Tous les deux, vous exécutez tellement bien les mêmes pas de danse, que tout est réuni pour ne pas aller aux élections.  Vous ne serez jamais presser pour aller aux élections.  De toutes les façons, le fétichisme des dates n’est pas votre fort.  Toi tu peux retarder le financement du processus et organiser des visites d’Etat à la place. L’autre, lui, peut aller se balader en Europe et en Asie. Les membres dits de l’opposition peuvent continuer dans leur cupidité et leur tactique absurde de pousser Gbagbo et Soro doucement, doucement aux élections. De toutes les façons, eux aussi ont des départements juteux au gouvernement. L’issue des élections est incertaine et il n’y a aucune garantie de pouvoir conserver ces avantages qu’ils ont aujourd’hui. Un, tien vaut mieux que deux, tu l’auras, dit l’adage. Quant aux chargés des élections et des fonctionnaires internationaux, tant que sa dure, mieux c’est pour eux.  Où l’on parle d’afficher les listes électorales après remise officielle de la liste provisoire, on parle d’arrangement politique et de nouveaux croisements. Chacun joue sa partition. Le peuple lui, ne peut que crier famine. Mais tant qu’il ne s’organisera pas pour lutter et arracher ses droits, çà peut continuer. A nous allez comme dirait l’autre de derrière rail. 

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