L’ELECTION PRESIDENTIELLE N’A PAS LIEU LE 29 NOVEMBRE 2009 ; CE N’EST PAS UNE SURPRISE !

Publié le par abib dodo

C’est devenu constant depuis 2005. Les tenants du pouvoir ont pris l’habitude de promettre d’organiser des élections générales, puis de ne pas tenir les promesses. Les promesses non tenues se sont ainsi succédé en octobre 2005, octobre 2006, novembre 2007, mars 2008, novembre 2008 et novembre 2009.

Le PCRCI n’est pas surpris de ces reports successifs, lui qui ne cesse de dénoncer depuis longtemps la volonté du camp présidentiel et des ex-rebelles de maintenir le peuple ivoirien en otage sous une économie de guerre régentée par des groupes mafieux. Pour cela, le climat de ni paix ni guerre convient parfaitement. C’est pourquoi le président de la république peut crier à Séguéla le jeudi 19 novembre 2009, que la « guerre est finie », puis déclarer le vendredi 20 novembre 2009 à San-Pedro qu’il lui faut organiser des missions de vérification dans certaines zones pour constater si la guerre est finie avant d’ordonner au conseil constitutionnel de l’annoncer à la nation. Ce sont là des tours de passe-passe bien connus.

Nous indiquions dans l’Eveil Politique N°001 du 2 janvier 2009, ceci : « En s’opposant à tout ce qui peut mettre fin à la guerre, le FPI laisse tomber le masque. Le FPI est désormais à découvert surtout lorsqu’il lutte de toutes ses forces contre l’accord que le président issu de ses rangs a élaboré, signé et qui est appliqué selon ses conditions (premier ministre choisi et nommé par lui, gouvernement formé par lui, la presse d’Etat à son service exclusif, etc.). Le FPI s’est plaint du fait que l’Accord Politique de Ouagadougou (APO) ne prescrivait pas le désarmement avant les élections et a demandé une révision de l’APO. Il est curieux que ce soit deux ans après la signature de l’A.P.O. que le FPI se rende compte des  faiblesses de celui-ci. Cela ressemble fort à une manœuvre pour empêcher les ivoiriens d’avoir leurs papiers et de rendre impossible la tenue des élections …. ; la peur du FPI a un fondement. Son pouvoir est isolé du peuple qu’il a passé huit ans à tromper, à exploiter et à opprimer ».

En tenant compte des contraintes techniques et surtout de la mauvaise volonté du pouvoir FPI, le PCRCI avait attiré l’attention du peuple sur l’impossibilité de tenir les élections dans le cadre institutionnel actuel en déclarant dans l’Eveil Politique N°003 du 20 février 2009 que : «…  Le deuxième semestre de 2010 sera atteint pour déboucher sur une élection sur la base d’une constitution qui a provoqué la guerre civile qui peine à prendre fin. Chemin faisant, pour montrer à ses partisans qu’ils ont intérêt à bloquer le processus électoral s’ils veulent être sûrs de son maintien au pouvoir, GBAGBO ne cesse de répéter : " Tant qu’il n’y a pas d’élection, je suis président" ».

Le FPI vient d’adopter lors de sa convention du vendredi 20 novembre 2009, à Yamoussoukro, une résolution indiquant que sans désarmement il n’y aura pas d’élection. Que signifie le désarmement ? Quand est-ce qu’il doit être effectif ? Pour le FPI, le désarmement signifie celui des ex-rebelles sans celui des milices, version que ne partagent pas les ex-rebelles. Pourquoi avoir signé l’APO s’il n’y a pas d’accord sur l’essentiel ? Quant au moment du désarmement, l’avenant N°4 de l’APO signé par les représentants du pouvoir FPI le 24 décembre 2008 dit explicitement que la résolution des questions militaires ne sera terminée qu’après les élections. Que croyait le FPI en avalisant l’avenant n°4 ? Voilà un inconvénient de la signature d’accords importants sans tenir compte de l’avis du peuple et pis, sans informer le peuple sur l’ensemble des clauses convenues.

C’est face à ce type de tergiversations, à cette manière de traiter les engagements pris de bonne foi, que la Rédaction de l’Eveil Politique avait titré à la Une de l’édition N°006 du 9 juin 2009, ce qui suit : « L’élection présidentielle le 29 novembre 2009 : plusieurs raisons de ne pas y croire ! ». Dans cet article, les forces politiques en fonction de leur attitude face aux promesses étaient rangées en trois groupes : les partis politiques qui ont exprimé leur totale satisfaction (FPI et RDR). Ceux qui ont exprimé une satisfaction mesurée (PDCI et PIT). Un troisième groupe est resté indifférent.  C’est le troisième groupe qui nous intéresse ici. Ce troisième groupe comprenait  le PCRCI ; l’indifférence qui correspondait d’ailleurs à l’attitude du peuple dans son ensemble. L’article a donné l’explication suivante de l’attitude d’indifférence : « L’attitude d’indifférence par rapport à l’annonce de la date n’est pas une indifférence par rapport à la question des élections. Cette indifférence suggère simplement qu’il y a une forte conscience de l’existence de voies nouvelles à explorer pour parvenir à l’organisation d’élections générales dans notre pays, notamment l’organisation d’élections permettant l’expression de la souveraineté populaire. Plutôt que de se focaliser sur l’organisation d’élections promises par la haute bourgeoisie et qui n’auront pas lieu ou qui se tiendront dans le meilleur des cas, dans des "conditions calamiteuses", une grande partie du peuple choisit de réfléchir avec le PCRCI sur des voies et moyens appropriés de mettre fin à la crise en cours. Cette voie, c’est la voie révolutionnaire ; la voie qui met le peuple au centre des décisions, qui donne la clé des décisions au peuple et non aux roublards préoccupés par gagner du temps pour préserver leurs intérêts reposant sur l’économie de guerre. »

Les prévisions faites par le PCRCI sont en voie de réalisation. L’élection présidentielle n’a pas lieu le 29 novembre. Une nouvelle date n’est pas encore fixée. Mais en suivant le chronogramme technique communiqué par la CEI, il n’y a pas de doute que la liste électorale définitive, les cartes d’identité et les cartes d’électeur ne seront pas prêtes avant la fin du  premier trimestre 2010. Si l’on y ajoute les blocages politiciens, il faut envisager une date très éloignée pour la tenue des élections. Et tant que le peuple acceptera d’assister passivement à cette scène, on peut envisager qu’il n’y ait jamais d’élections organisées par les actuels tenants du pouvoir ou tout au plus une élection aux conditions du "camp présidentiel" à 100%. Que gagne le peuple dans ces cas de figure ? Rien du tout.

Alors, pourquoi le peuple devrait-il rester apathique face à tant de mépris à son égard ? Un mépris pour le peuple qui n’a droit à aucune explication sur les causes des reports sauf la fameuse formule du président de la république selon laquelle "s’il n’y a pas d’élection, çà fait quoi ?". Le président de la république engage le peuple par ses signatures dont il se délie avec une facilité déconcertante, comme pour signifier que le pouvoir présidentiel n’est pas l’émanation du peuple. Ce mépris l’est également pour la constitution dont le seul rôle est de garantir le maintien au pouvoir du président de la république en méprisant toutes les autres dispositions de la loi fondamentale du pays qui font du peuple le souverain et qui s’imposent à tous y compris au président de la république.

Le camp présidentiel et les ex-rebelles ont peur des élections. Et comme ils disposent d’un droit discrétionnaire sur l’opportunité de l’organisation de ces élections, il faut se rendre à l’évidence que tant qu’ils n’y seront pas contraints, il n’y aura pas d’élection, ni présidentielle ni autres. L’opposition haute bourgeoise a une attitude qui frise soit l’impuissance soit la complicité. Impuissance à cause de la peur que cette opposition a face à la mobilisation et aux luttes populaires qui sont pourtant les seules stratégies possibles. Complicité, car cette opposition est au gouvernement et participe au partage du gâteau, à l’exploitation du peuple, au gaspillage des richesses du pays.

Fort heureusement le peuple n’est plus dupe puisque de plus en plus de personnes s’engagent dans la recherche de voies nouvelles pour sortir le pays de la crise. La voie nouvelle la mieux indiquée est la constitution de comités par toutes les composantes du peuple : comités de travailleurs salariés des villes, comités des paysans, comités des artisans, comités des commerçants, comités des femmes, comités des jeunes. Les combats de tous ces comités permettront l’expression de la volonté populaire qui culminera dans un Gouvernement Révolutionnaire Provisoire (GRP). Seul ce GRP sera capable d’organiser des élections générales démocratiques qui ouvriront la voie à la résolution de la crise du pouvoir néocolonial en place.

Publié dans politique

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